À peine revenu de son dernier Grand Prix en Australie, Jules Cluzel nous explique sa décision de mettre un terme à sa carrière de pilote après 18 saisons de compétition au plus haut niveau mondial. Des joies, des déceptions, des victoires, des blessures : il se livre tel qu’il est, avec sincérité et authenticité.

GP Inside : Pourquoi avoir décidé d’arrêter ta carrière de pilote ?
Jules Cluzel : « Ce n’est pas une décision prise sur un coup de tête, c’est une réflexion mûrement réfléchie depuis plusieurs mois, due à une forme de lassitude après toutes ces années où j’ai réalisé que je ne prenais plus autant de plaisir. Mes chutes et mes blessures successives ont évidemment favorisé cette décision. Il faut savoir que j’ai la cheville gauche désormais bloquée (sa moto est équipée d’un sélecteur à droite, NDLR) et que j’ai fait plusieurs séjours à l’hôpital, où les journées sont longues ! »

« C’est une accumulation de choses avec aussi l’ambiance des courses qui me plaisait moins, les décisions politiques au sein du paddock, je me sentais moins en phase avec ce milieu. Et puis, je veux avoir plus de temps pour ma famille, à 34 ans j’ai encore d’autres objectifs à atteindre, avec la volonté et la détermination d’y parvenir, comme je l’ai toujours fait dans ma vie. Je suis persuadé que c’est le bon moment pour passer à autre chose. Ce n’est ni un renoncement ni un soulagement, car j’ai bien conscience d’avoir eu une chance immense de pouvoir vivre de ma passion en accomplissant mon rêve de gosse, de connaître toutes ces émotions, de voyager dans le monde entier, de rencontrer plein de gens nouveaux… C’est une vie de privilégié qui s’arrête, ça me fait un peu peur mais j’ai confiance en moi. »

« L’ambiance de ce dernier week-end en Australie était un peu spéciale, car j’étais déçu de ne pas être suffisamment performant pour cette ultime course et que je réalisais que chaque moment était le dernier. Mais j’en garde malgré tout plusieurs moments très émouvants, quand de nombreuses personnalités de la moto et de pilotes sont venus me voir pour me dire des mots très sympas. Je n’oublierai pas qu’on s’est mis à danser avec mon coéquipier au moment de se changer pour aller prendre le départ. J’ai été touché aussi par ces derniers instants avec mon équipe, le GMT94 qui avait écrit ‘Merci Jules’ sur mon carénage, c’était vraiment cool de leur part de terminer de cette manière. Ça me permettra de rester sur de belles images, à défaut d’avoir obtenu un bon résultat sportif. »

Quel regard portes-tu sur ta carrière ?
J.C. : « J’ai clairement tout connu, du très bon et du très mauvais, des victoires et des défaites, des joies intenses et des douleurs profondes, j’ai vraiment vécu toutes les émotions ! Je pense que je suis arrivé trop vite et trop tôt en Grand Prix, j’en rêvais tellement que je m’y suis engouffré dès que j’ai eu l’occasion mais je manquais d’expérience et donc je ne faisais que tomber. Ensuite, j’ai gagné en maturité et j’ai réussi à gagner en Moto2, à devenir plus régulièrement performant et à obtenir de bonnes motos. Et même si je n’ai pas atteint mon objectif d’être champion du monde, je me suis battu plusieurs fois pour le titre jusqu’à la dernière course, j’ai gagné plusieurs fois, fait de nombreux podiums dans toutes les catégories auxquelles j’ai participé à part en 125cc. Je ne regrette rien car je sais que j’ai fait partie des meilleurs. »

« Bien sûr, j’aurais été heureux d’être champion du monde, j’aurais une belle médaille en or à côté de celles en argent et en bronze, j’aurais un beau trophée à montrer mais finalement, ça changerait quoi à ma vie ? J’ai eu la chance de me battre pour ce titre pendant plusieurs saisons et en fait, peu de pilotes peuvent le dire. Si je devais changer quelque chose à ma carrière, ce serait surtout sur les premières années où j’aurais dû arriver un peu plus tard en Grand Prix et aussi, avoir quelqu’un d’expérience à mes côtés qui aurait su me calmer quand il le fallait, je serais probablement moins tombé. Le reste, je ne change rien ! »

Que vas-tu faire maintenant ?
J.C. : « Maintenant que la page est tournée, je vais surtout pouvoir me consacrer entièrement à mon avenir, alors qu’avant j’étais exclusivement concentré sur ma saison de course. La facilité serait de rester dans le milieu de la moto où j’ai l’essentiel de mon réseau de connaissances. Pourquoi pas former des jeunes ou m’occuper d’un team mais, pour l’instant, j’ai besoin de me poser un peu, de réfléchir à ce que j’ai envie de faire. J’ai toujours fonctionné avec des objectifs et je dois d’abord définir celui que je souhaite vraiment atteindre et je sais qu’ensuite, je m’y impliquerai sans réserve comme je l’ai toujours fait. »

« Ce sera dans la moto ou pas car j’ai pu rencontrer beaucoup de gens différents dans ma vie et je veux prendre le temps d’en parler, d’y réfléchir, je n’ai pas d’urgence. Je veux juste trouver mon nouveau rêve, celui qui me fera retrouver l’adrénaline que j’ai pu connaître pendant toutes ces années de compétition. Je n’oublie pas de remercier mes parents qui m’ont toujours soutenu depuis mes débuts, mon manager Eric Mahé, et tous ceux qui m’ont aidé à vivre ces expériences passionnantes, sans oublier ma femme et ma fille à qui je vais pouvoir consacrer tout mon temps maintenant ! »

Crédit photos : GMT94

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